Recherche - émeute

mercredi, février 15 2017

La persistance des mauvaises relations police-jeunes : jusqu’à quand ?

Adama_Theo_Police.jpgL’affaire « Théo » vient s’ajouter à la longue liste des dérapages, bavures, et autres dérives policières, réelles ou supposées, médiatisées ou non, qui depuis des dizaines d’années font partie de l’image des banlieues dites sensibles. S’y ajoute une ampleur médiatique qui voit se rejouer un scénario maintes fois observé, au moins depuis les Minguettes en 1981 : cela débute par un accident mettant en cause des policiers et certains de ces jeunes, une montée en puissance des tensions, des manifestations de protestations et l’attente de l’émeute qui viendra, a posteriori, montrer que la violence se trouve du côté des jeunes.

Photo : theconversation.com

samedi, février 11 2017

A Aulnay-sous-Bois se rejoue un scénario vieux de trente ans

Logo_Le_Monde.jpgA la fin de l’année 1990 et au début de l’année 1991, une série d’explosions de colère dans une dizaine de quartiers de la banlieue lyonnaise puis de la banlieue parisienne, popularisa en France le mot « émeutes ». A l’époque, celui-ci faisait souvent peur, associé qu’il était aux mots « drogue », « ghetto », « violence urbaine », etc. Il était pourtant bien choisi. Émeute provient du verbe « émouvoir ». Du haut Moyen Age à la Renaissance, une « esmote » désignait une émotion collective prenant la forme d’un soulèvement populaire spontané. Il s’agissait à l’époque des révoltes paysannes.
La séquence qui se déroule ces jours-ci à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) constitue un classique du genre, et vient simplement nous rappeler qu’en vingt-sept ans nous n’avons rien appris et rien changé aux problèmes sociaux et institutionnels qui génèrent régulièrement les éruptions violentes de ce type.

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jeudi, janvier 21 2016

Les enfants du chaos : ce que les martyrs révèlent de notre époque

les_enfants_du_chaos.GIFLe chaos qui pointe est très loin d’avoir le djihad pour seul moteur : c’est d’abord l’ébranlement de la légitimité des États par la mondialisation, la crise généralisée de la représentation politique, la recherche d’une légitimité sécuritaire par les puissants qui ont fait le lit de la violence du monde. Et qui expliquent pourquoi, depuis les années 2000, se multiplient sur tous les continents des émeutes et des attentats aux motivations multiples, dont l’auteur brosse ici un tableau saisissant.
Quand la fin du monde semble à nombre de jeunes plus crédible que la fin du capitalisme, la révolte tend à prendre les chemins du désespoir et du martyre. La clôture de l’hypothèse révolutionnaire a ainsi ouvert la voie à la rage des enfants perdus du chaos politique et humain de la mondialisation néolibérale. Toutes les polices et les armées du globe ne pèseront guère devant cette fascination de la mort. Seul peut y répondre l’espoir collectif en un autre possible, fondé sur une nouvelle radicalité tournée vers l’avenir.

mercredi, octobre 21 2015

La révolte des quartiers populaires, dix ans après

clichy-sous-bois_dix_ans_apres.pngIl y a maintenant dix ans, nous assistions à une vague d’émeutes urbaines sans précédent en France. Même si celles-ci faisaient écho à la montée progressive et graduelle des phénomènes de « violences urbaines », d’« émeutes urbaines » ou encore de « révoltes urbaines » observées à partir du début des années 1980, l’année 2005 allait marquer un tournant dans la manière d’appréhender ces évènements. Suite au décès, le 27 octobre 2005, de Zyed Benna et Bouna Traoré, deux adolescents revenant d’une partie de football, les affrontements entre jeunes et policiers, tout d’abord circonscrits à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, s’étendent dans le département de Seine-Saint-Denis, puis dans un certain nombre de quartiers populaires urbains des villes de province. Il faudra attendre la fin de la troisième semaine pour voir une décrue précédant paradoxalement la promulgation de l’état d’urgence, quelques jours plus tard. En effet, les « émeutes de novembre 2005 » sont les plus longues de l’histoire sociale récente en France et ont connu une extension géographique sans précédent dans l’Hexagone.

mardi, mars 17 2015

Politique de la ville, égalité des territoires : récit d’un échec

index_kafka.jpgQuand une agence nationale du développement des territoires, puis soudain… du développement économique, remplacerait un commissariat général à l’égalité des territoires : pour quoi faire ?
« Mon Dieu pardonnes leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » ! C’est l’exclamation qui peut nous venir à l’esprit en apprenant la décision récemment de créer une agence nationale pour le développement des territoires annoncée par le Premier Ministre, suite aux assassinats du 11/12 janvier 2015, devenue depuis quelques jours... agence nationale du développement économique !
Pourquoi s’alarmer ? Après tout, cette nouvelle création ne serait pas surprenante, au moment où une crise majeure touche notre pays, et où une réforme territoriale est en cours de configuration. Ce ne serait pas surprenant si…

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jeudi, février 5 2015

Des capuches et des hommes. Trajectoires de « jeunes de banlieue »

des_capuches_et_des_hommes.jpgÀ travers des entretiens avec trois « jeunes de banlieue », Radouane, Tarik et Eliott, Fabien Truong esquisse le portrait d’une jeunesse aux trajectoires ambivalentes. Le rapport aux pères, la vie dans le quartier, les études, les tentations du vol ou du deal, la relation aux filles, les rêves de famille et de pavillon loin des barres d’immeubles, la religion – improbable alliée de la République – vers laquelle on se tourne quand on sort de la délinquance, sont autant de nœuds dont les entrelacements déterminent ce que devenir un homme dans la banlieue française veut dire.
Alors que les émeutes et les faits divers embrasant les quartiers de relégation urbaine contribuent à confiner ces espaces dans la périphérie physique et mentale des villes, les polémiques qui s’ensuivent ne font que masquer la pauvreté du discours sur le problème de la délinquance juvénile, car, si l’on excepte les postures du mépris et du déni qui consistent à dire que ces jeunes sont soit partout soit nulle part, que reste-t-il dans le débat public ?

mercredi, décembre 10 2014

Afro-Américains et police aux USA, éléments historiques d’une hostilité

a_pig_is_a_pig.gifC’est un livre de coloriage pour enfants d’un type insolite. On y voit des porcs habillés en policiers. Dans l’un d’entre eux, un porc a peur de l’homme noir derrière lui et s’en prend, par frustration et couardise, à un petit enfant noir. Dans un autre, la légende dit : « Un porc est un porc et ce sont tous les mêmes ». Un premier porc est habillé en combinaison anti-émeutes, le deuxième en simple ilotier, le troisième en officier de bureau. Un dernier dessin montre une jeune femme noire svelte avec une coupe de cheveux faisant penser à la militante Angela Davis. Elle brandit un flingue contre un porc, et la légende en forme de comptine dit “Run pig run ! Run pig run ! ”. Toutes ces archives sont tirées de la propagande pour enfants des Black Panthers.

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lundi, novembre 17 2014

Les agressions comparées aux accidents de la vie quotidienne : un risque mineur

accident_de_la_vie_courante.jpg« La violence » constitue une catégorie omniprésente du débat public, suscitant indignations médiatiques, rodomontades politiciennes et inquiétudes citoyennes. Il s’agit pourtant d’une catégorie normative et non descriptive. « La violence », c’est ce qui n’est « pas bien ». Mais sur le plan empirique, c’est surtout un vaste fourre-tout dans lequel on mélange des choses qui n’ont rien à voir, de l’insulte à l’acte terroriste, en passant par les émeutes, les bagarres de jeunes, les violences conjugales, les viols et agressions sexuelles, les échanges de coups entre voisins, les règlements de compte meurtriers entre malfaiteurs, etc. A travers ces amalgames, « la violence » devient un risque majeur et parfois une peur présente dans la vie quotidienne des personnes les plus fragiles et donc les plus sensibles au « sentiment d’insécurité ».
A distance de ces représentations, de ces amalgames et de ces peurs, on va ici poser deux questions simples et concrètes : le risque d’être agressé d’une façon ou d’une autre, pour une raison ou une autre, constitue-t-il un risque majeur de la vie quotidienne ? Et quelle place a ce risque parmi tous ceux qui peuvent porter atteinte à notre intégrité physique dans cette même vie quotidienne ?

Illustration : mon-guide-retraite.fr

lundi, septembre 1 2014

Ferguson et la nouvelle condition noire aux États-Unis

manifestation_ferguson.jpgLes émeutes de Ferguson sont inédites depuis celles de Los Angeles en 1992. Elles marquent la rupture de la paix raciale la plus durable depuis la seconde guerre mondiale aux États-Unis, et révèlent la transformation de la condition des populations noires depuis une dizaine d’années. D’un côté, les années 2000-2010 sont l’apogée du processus de pénalisation et de contrôle policier de la vie des Noirs. De l’autre, la décennie passée témoigne d’une stagnation, voire d’un recul, de la position des Noirs dans la société américaine. Contre le mythe de la société post-raciale, la place des Noirs se caractérise par une inégalité durable, dont les ressorts se sont transformés.

Photo : rtl.fr

mardi, août 20 2013

Les manifestations des Chinois de Belleville, apprentissage de l’intégration

photo_manif_chinois_LVDI.jpgDans de nombreux pays d’immigration, les migrants chinois sont souvent considérés comme une « minorité silencieuse » – une minorité qui s’adapte bien, mais dont la participation politique est faible. Si cette image est également présente en France, elle évolue depuis la manifestation du 20 juin 2010. Ce jour-là, pour la première fois, environ 20 000 Chinois de tout âge marchent en scandant le slogan : « Non à la violence, sécurité pour tous ». Paradoxalement, la manifestation se termine par des échauffourées avec la police que l’on pourrait qualifier de « mini-émeute ». Un an après, le 19 juin 2011, une nouvelle manifestation est organisée par les représentants de la communauté chinoise de Belleville, entre République et Nation, le chemin classique des manifestations parisiennes. Cette fois, le mot d’ordre est « sécurité, un droit », et la manifestation s’achève en toute tranquillité.
À travers cette protestation, et ses évolutions au cours d’un an, on peut émettre l’hypothèse qu’on assiste là à un processus d’apprentissage politique par un groupe minoritaire. À partir d’une enquête ethnographique , il s’agit donc non pas de revenir sur la réalité de l’insécurité urbaine, mais bien de penser l’action collective comme une façon pour les Chinois de s’accommoder et de s’intégrer au modèle politique français.

vendredi, juillet 26 2013

Emeutes de Trappes : l'événement déclencheur et le contexte

Peut-on parler d’émeutes 
à Trappes  ?
Dans l’utilisation courante de ce mot, une émeute renvoie à une révolte populaire qui s’appuie sur un sentiment d’injustice, ou à des violences collectives qui relèvent davantage de la déviance. 
Les événements de Trappes correspondent à la première définition du terme. Mais une émeute n’est pas homogène. C’est l’occasion de régler d’autres contentieux.
Qu’est-ce qui a provoqué ces événements  ?
Il y a l’élément déclencheur et le contexte. L’élément déclencheur : à Trappes une femme voilée, mais pas intégralement, a d’abord été agressée à l’arme blanche ; puis s’est produit le contrôle d’identité d’une femme portant le niqab. Le contexte : les révoltes ne se produisent pas dans les quartiers aisés mais dans les quartiers populaires, ouvriers, où règne un sentiment d’abandon, de disqualification, de ségrégation. C’est le cas à Trappes. Dans tous ces quartiers existe un haut degré d’exaspération. Les forces de l’ordre représentent l’État et sa forme répressive. Parmi la population musulmane, l’islamophobie est une autre cause de l’exaspération. L’islamophobie n’est pas reconnue – ou alors du bout des lèvres – ni prise en charge par les pouvoirs publics.

mercredi, juillet 17 2013

Battre le pavé

gout_de_l__emeute.jpgAu sortir de la Commune, durant laquelle le peuple s’est réapproprié le Paris haussmannien dont on avait voulu l’exclure, l’espace urbain reste un enjeu de pouvoir. La République a beau rebaptiser nombre de voies, inscrivant l’ordre moral aux murs mêmes de la capitale, le petit commerçant, l’artisan, le manifestant, le rôdeur et la prostituée continuent d’affirmer que la rue leur appartient. C’est encore la République qui, sous des dehors radicaux, écrase dans le sang les grandes grèves et les mobilisations populaires de la « Belle Époque ». Luttes oubliées, auxquelles la sociologue Anne Steiner redonne vie dans Le Goût de l’émeute.
Écrit dans une langue savoureuse, qui favorise l’immersion, l’ouvrage montre que le mythe de la « Belle Époque » s’est édifié au prix d’une violence continuelle impliquant aussi bien les classes ouvrières que les représentants de l’État. Si elle marque le triomphe du patronat et des notables, la période envisagée consacre aussi l’action directe et l’organisation des masses : au sortir de la Grande Dépression, un antiparlementarisme vivace alimente ainsi la croyance en une grève générale qui cimenterait les solidarités ouvrières.

samedi, juillet 6 2013

Accompagner les jeunes vers l'autonomie dans le dispositif VVV

VVV.jpgLe programme Ville, Vie, Vacances (VVV), initialement nommé « Opérations anti-été chaud », puis « Opérations prévention été », est né en 1982 à la suite des événements de violence qui ont eu lieu dans le quartier des Minguettes à Vénissieux durant l’été 1981 (le « rodéo des Minguettes »), et dans d’autres villes de l’agglomération lyonnaise. Considérées comme les premières émeutes urbaines contemporaines dans les quartiers d’habitat social, ces événements coïncident avec l’arrivée à l’âge adulte, sur le marché du travail, d’une « première génération » de Français issus de l’immigration « postcoloniale » qui s’en est vue largement exclue, en raison des discriminations, mais aussi du faible capital social et culturel dont elle disposait (réseaux, formation, etc.).
A ce moment-là, le problème de la jeunesse des quartiers populaires, aussi plurielle soit-elle, n’est pas que celui du chômage ; il est bien plus profond. Elle se sent rejetée et exclue d’une France qui ne veut pas d’elle, notamment en raison de son appartenance ethnique et religieuse : les jeunes issus de l’immigration maghrébine et africaine subsaharienne sont stigmatisés et discriminés. Peu d’opportunités s’offrent à eux pour s’insérer socialement et professionnellement. Bien entendu, ces jeunes ne constituent pas l’unique composante de la jeunesse des quartiers populaires, et les choses ont par ailleurs légèrement évolué depuis, mais ils ont historiquement attiré l’attention des décideurs publics.

Illustration : martinique.pref.gouv.fr

vendredi, mai 10 2013

Le pouvoir aux habitants ? Réformer la Politique de la Ville

livre_entendre_crier.pngInventées de façon expérimentale après les émeutes des Minguettes au début des années 1980, parallèlement à la “Marche des beurs” pour l’égalité, la Politique de la Ville visait à réformer le fonctionnement de l’État et les relations de ce dernier aux collectivités locales. Pour pallier l’urgence d’une nouvelle question sociale, associée à certains quartiers où les populations immigrées et minoritaires étaient concentrées, une action publique d’exception allait être mise en place, mobilisant une approche locale et ascendante, plus participative et transversale.
Trente ans plus tard, il est difficile de mesurer l’effet réel de cette politique qui cumule de nombreux dispositifs : l’écart des quartiers prioritaires avec les autres zones urbaines ne se résorbe pas, et parfois même s’accroît. Pour autant, cette vision, très négative, ne prend pas en compte la mobilité de la population de ces quartiers. Or, la prise en compte d’une approche moins statique et plus dynamique des trajectoires des gens révèle que ces lieux jouent aussi une fonction d’accueil et de « sas », voire de promotion.

vendredi, mars 22 2013

Vies cabossées et miettes d'espoir

Hessel_et_Bodard.jpgDes gens avec leurs petites histoires, des « sans » qui de plus en plus squattent nos vies, nos rues ; ces gens si ordinaires ont-ils seulement le droit de cité ? Eux, semblables et dissemblables, ils sont là mais on ne les entend pas et quand ils osent pousser un cri de douleur, de protestation, d’indignation, on étouffe leur parole comme on étouffe leurs maux, avec violence ! À grands coups d’effets médiatiques, à grands renforts d’un matraquage toujours plus sécuritaire, les « avec », ceux qui nous gouvernent ont décidé de les offrir bruyamment en pâture à la vindicte populaire : « Dehors ! » Tous ces « sans » sans argent, sans famille, sans travail, sans logement, sans papier, mais jamais sans dignité.
Yves Bodard nous rappelle qu’en chacun de nous sommeillent de belles histoires de vies endormies, oubliées. Face à l’arrogance de ceux qui nous dirigent, nous manipulent, qui stigmatisent et diabolisent la différence, il a décidé au fil de ses récits de nous rappeler que nous sommes tous l’étranger de quelqu’un. En chahutant les mauvaises consciences et en réveillant les souvenirs, il vous invite à suspendre un moment le cours du temps et stopper dans une longue inspiration cette course effrénée dans la quête du leurre insaisissable.
(Préface de Stéphane Hessel).

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