mercredi, mars 20 2019

La mortalité des personnes sans domicile fixe

20 03 2019

Plusieurs médias ont titré sur un nombre (566), issu du recensement du collectif des Morts de la rue, mais qui n'a pas de prétention à l'exhaustivité. Pour ce qui est de l’estimation globale, qui permet une appréhension statistique de la mortalité des personnes sans domicile, le collectif renvoie au bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de novembre 2015. Il est consacré à une étude qui avait estimé le nombre de personnes sans domicile fixe mortes entre janvier 2008 et décembre 2010 en s’appuyant d’une part sur les données du collectif des Morts de la rue, d’autre part sur les données du CépiDc-Inserm, qui traite l’ensemble des certificats de décès en France. Après avoir croisé les données des deux sources, les auteurs de l'étude étaient arrivé à une estimation de 6 730 morts de personnes sans domicile entre janvier 2008 et décembre 2010 en France. Il ne s'agit toutefois pas de personnes SDF décédés nécessairement dans la rue.

mardi, mars 19 2019

L'idéologie ordinaire des journalistes et commentateurs "main stream" de la télévision française

19 03 2019

capture_decran_2019-03-18_a_13.47.52.pngNathalie Saint-Cricq salue une Marine Le Pen “consensuelle”, David Pujadas laisse libre court à Robert Ménard pour soutenir la théorie du grand remplacement, un "expert" de BFMTV estime que les LBD sont trop dangereux pour les employer ailleurs que “dans les banlieues”… Nous sommes en France, en 2019. Bienvenue à la télé.

Photo : telerama.fr

lundi, mars 18 2019

Manifestations des Gilets Jaunes : au tribunal, on ne juge pas les casseurs

18 03 2019

Manifestation_GJ_Paris_acte_18_Fouquets.jpgChaque semaine, c’est le même rituel : après la marée humaine qui envahit les rues de la capitale, ce sont des visages qui se succèdent entre des vitres de verre au palais de justice de Paris. Aux comparutions immédiates, la manifestation n’est plus ce long et impersonnel serpent fluo, elle redevient des fragments de vie.
Sauf que ceux qui défilent dans la chambre 23.4 présidée par Isabelle Prévost-Desprez n’ont pas vraiment l’étoffe d’ennemis de la République. Le tribunal est plutôt confronté à de jeunes hommes à la mine épuisée, souffrant de divers maux et tous jugés pour des délits bien loin des images de chaos.

Photo : liberation.fr

dimanche, mars 17 2019

Le rapport alarmiste du Contrôleur Européen de la Protection des Données

17 03 2019

L’année 2018 a démontré le pouvoir et les limites de la protection des données. Deux ans après son adoption, le règlement général sur la protection des données (RGPD) est devenu pleinement applicable. Il n’est pas passé inaperçu car les gens ont remarqué qu’ils étaient bombardés de courriels identiques, les informant chacun d’une politique de protection de la vie privée mise à jour et, dans la plupart des cas, leur demandant de l’accepter pour continuer à utiliser certains services. Jusqu’à présent, au lieu d’adapter leur manière de travailler pour mieux protéger les intérêts de ceux qui ont recours à leurs services, les entreprises semblent davantage traiter le RGPD comme une nouvelle pièce du puzzle juridique sans changer outre mesure leurs habitudes. Le pouvoir d’information excessif de certaines entreprises et des responsables du traitement représentent à l’heure actuelle la plus grande menace pour les libertés individuelles et la dignité de chacun. Il en va de même pour ce grand écosystème non compressible des traceurs, des profileurs et des cibleurs, capables de collecter et d’utiliser ces informations.

samedi, mars 16 2019

La « prévention spécialisée de la délinquance », kesako ?

16 03 2019

C__est_n__importe_quoi.jpgVous connaissiez la prévention spécialisée. Vous savez, cette action éducative de proximité qui, depuis le début des années 70, intervient auprès des jeunes en difficulté dans des territoires « où se manifestent des risques d’inadaptation sociale ». La loi de 2016 l’a même pour la première fois nommé es qualité dans les missions de l’aide sociale à l’enfance relevant des compétences du département. Tout cela est à l’article L.221.1 du Code de l’action sociale et des familles.
Vous connaissiez également la prévention de la délinquance. Vous savez, cette compétence dont le chef de file est le maire qui est sorti renforcé par la loi dite relative à la prévention de la délinquance de mars 2007.

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vendredi, mars 15 2019

Grand débat, sourde oreille ? La parole déniée des quartiers populaires

15 03 2019

D’emblée, l’idée du « grand débat national » lancé par le président de la République fait débat. Les uns pensent que l’on doit se fier à ce dispositif inédit et ambitieux, bien qu’improvisé et flou, alors que les autres font part de leurs réserves, sur trois points principaux. La méthode délibérative n’a pas été présentée et clarifiée, laissant les participants éventuels dans l’ignorance d’un déroulé rigoureux de ses étapes et du mode d’élaboration des synthèses finales. Les modalités de prise en compte des résultats de ce grand débat ne sont guère explicitées non plus, tandis que certains sujets, comme l’ISF ou la santé, sont par avance exclus ou oubliés. Une troisième remarque porte sur l’indépendance des organisateurs et observateurs et sur le pilotage des réunions. Ce dernier revient désormais à l’exécutif, après qu’il a remercié la CNDP (Commission nationale du débat public) qui posait quelques conditions de méthode. Mais d’autres raisons, plus objectives et plus graves, alimentent nos doutes.

jeudi, mars 14 2019

Le droit de l'environnement et son application en France

14 03 2019

Police_de_l__environnement.jpgUne mesurette par-ci, deux mots changés par-là : c’est par petites touches que les normes qui protègent l’environnement sont amendées et affaiblies. Pour le gouvernement, il s’agit d’une « simplification » nécessaire. Les associations dénoncent, elles, une régression.
Le principe de « non-régression » du droit de l’environnement, intégré dans la loi Biodiversité de 2016, marque une volonté de préserver cette construction normative. Mais, dans les textes, les défenseurs de l’environnement observent une autre tendance.

mercredi, mars 13 2019

La Méditerranée (aussi) est devenue une mer de plastiques

13 03 2019

Plastique_en_mer.jpg5 250 milliards, c’est le nombre de particules plastiques qui flottent à la surface des mers et des océans du monde, soit l’équivalent de 268 940 tonnes de déchets. Des fragments qui circulent au gré des courants, avant d’échouer pour une partie sur les plages, les îles, les atolls de récifs coralliens ou encore dans l’un des cinq « gyres » océaniques, dont le plus grand et plus connu se situe dans l’océan Pacifique nord.
La majorité de ces déchets existe sous forme de microplastiques, c’est-à-dire de déchets d’une taille inférieure à 5 mm. Ces micro-déchets sont constitués d’un assemblage hétérogène de pièces qui varient en taille, forme, couleur, densité et composition chimique. Parmi eux, la plupart dérivent en mer avant d’être détérioriés, un processus qui peut prendre entre 100 et 1 000 ans.

Photo : humanite-biodiversite.fr

mardi, mars 12 2019

Surveiller et prédire : une nouvelle ère du capitalisme

12 03 2019

Surveiller_et_predire.jpgDepuis la parution d’un premier article en 2013 dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, Shoshana Zuboff, professeur émérite à la Harvard Business School, a popularisé la notion de « capitalisme de surveillance », aussi bien dans le monde académique que chez les défenseurs des libertés numériques. Ce syntagme désigne la nouvelle forme de capitalisme créée par les grandes entreprises de la Silicon Valley, et plus particulièrement par Google et Facebook, dont les revenus dépendent de la récolte et de l’analyse de nos données. L’analyse de ce phénomène économico-social est au centre d’un ouvrage volumineux et ambitieux, paru aux États-Unis le 15 janvier 2019 et déjà largement commenté. S. Zuboff y entremêle, dans une prose vigoureuse et roborative, une histoire, une théorie et une critique de la direction empruntée par l’accumulation capitaliste.

lundi, mars 11 2019

Échec scolaire et immigration : le poids du parcours pré-migratoire

11 03 2019

L’ouvrage de Mathieu Ichou a pour ambition de « rompre avec la vision de l’immigration comme problème social » (p. 271), et ce n’est pas une mince affaire tant la question en France soulève des débats et controverses qui semblent indépassables. Les convictions des uns se heurtent aux croyances des autres, et les termes du débat peinent souvent à se renouveler. La nature et l’ampleur des débats et prises de position en lien avec la « statistique ethnique » ou « statistique des origines » en témoignent. Ici, Mathieu Ichou tente, avec succès, de démontrer son hypothèse centrale : faire le constat d’un échec scolaire plus important des élèves issus de l’immigration cache en réalité une hétérogénéité importante des parcours scolaires de ces élèves. Pour le montrer, l’auteur travaille à qualifier les propriétés sociales de leurs familles. Dans la lignée des travaux d’A. Sayad, Mathieu Ichou étudie ainsi de façon systématique l’origine sociale de ces élèves à partir des appartenances sociales pré-migratoires de leurs parents.

dimanche, mars 10 2019

Les assemblées citoyennes en Irlande. Tirage au sort, référendum et constitution

10 03 2019

Le XXIe siècle voit la montée en puissance de « l’impératif délibératif », et cela n’est jamais aussi clair que dans le cas de la République d’Irlande. Trois assemblées citoyennes tirées au sort ont récemment fait de l’Irlande un laboratoire exceptionnel pour l’expérimentation démocratique qui s’institutionnalise progressivement et s’articule à l’outil référendaire pour provoquer des révisions constitutionnelles majeures : la légalisation du mariage homosexuel et de l’avortement. Comment expliquer ce processus d’une portée inédite au niveau mondial ? Il faut tout d’abord comprendre le contexte global et la généalogie de ces transformations.

samedi, mars 9 2019

Un printemps algérien ?

9 03 2019

Manifestation_Alger_1er_mars_2019.jpgL’Algérie a comme déversé son peuple dans les rues cabossées de la capitale. Combien étaient-ils, ce vendredi 8 mars, pour dire « non au cinquième mandat de Bouteflika » ? Plusieurs centaines de milliers ? Plus d’un million comme l’avance El Watan ? Le quotidien algérien a certainement vu juste. Les manifestants, venus des quatre coins du pays, ont ainsi réussi à atteindre l’un de leurs objectifs, celui de faire entrer cette marche pour la « dignité » dans l’Histoire.
Cette foule monumentale semble aimer se retrouver et danser au son des youyous et des darboukas pour dénoncer, dans une euphorie collective, les dérives d’un « pouvoir assassin », comme elle le crie sans relâche depuis le 22 février, date de la première grande mobilisation.

vendredi, mars 8 2019

Les dynamiques contemporaines de la pauvreté : de l’exclusion à l’insécurité sociale

8 03 2019

La pauvreté, qui se déploie dans le cadre d’une structure sociale qui a considérablement évolué au fil des décennies, peut d’autant plus apparaître comme une notion « insaisissable » (Duvoux et Rodriguez 2016) que son contenu est la plupart du temps rattaché aux définitions conventionnelles sur lesquelles se basent les indicateurs utilisés pour en assurer le suivi ou comparer les situations d’un pays à l’autre. Il paraît dès lors utile de revenir sur les usages successifs de cette notion au cours de la période récente, en soulignant l’évolution des conditions sociales et économiques dans lesquelles elle s’inscrit.

mercredi, mars 6 2019

La fin de l’impunité : #metoo et #balancetonporc

6 03 2019

À la fin de l’année 2017, plus d’une trentaine d’actrices ont accusé le producteur Harvey Weinstein de s’être rendu coupable de harcèlement, d’agression sexuelle ou de viol à leur encontre. Peu de temps après, des millions de femmes ont posté le message « me too » (« moi aussi ») sur Twitter, Snapchat, Facebook et les autres plateformes de réseaux sociaux à la suite de l’appel de l’actrice Alyssa Milano. Celle-ci a alors expliqué qu’elle s’était elle-même inspirée de la militante afro-américaine Tarana Burke qui avait lancé en 2007 une campagne déjà intitulée « Me too », mais hors d’Internet, afin de dire aux survivantes d’abus sexuels qu’elles n’étaient pas seules. En lançant cette campagne sur les réseaux sociaux, Alyssa Milano espérait que celle-ci déplacerait l’attention de Weinstein vers ses victimes tout en « permettant aux gens de réaliser l’ampleur du problème ». En France, la veille même du jour où Milano a lancé le mot d’ordre « #metoo », une campagne analogue avait débuté sur les réseaux sociaux avec comme hashtag « balance ton porc ». Le déferlement d’accusations publiques que ces campagnes a suscité a lui-même entraîné une vague de limogeages et de démissions d’hommes influents dans différents milieux, d’Hollywood au gouvernement.

mardi, mars 5 2019

Le choix de polluer

5 03 2019

La_contamination_du_monde.jpgL’ouvrage consacré par François Jarrige et Thomas Le Roux à la « contamination du monde » est une synthèse sans précédent sur l’histoire des pollutions dans le monde. Leur étude porte pour l’essentiel sur la période allant du XVIIIe siècle jusqu’aux années 1970.
Mais l’ouvrage ne se limite pas au cas français. Il s’agit d’une histoire véritablement mondiale des pollutions et de leurs régulations. Le choix de cette échelle participe du mouvement historiographique de la « global history » et des diverses « histoires mondiales ». Ces histoires mondiales ou globales visent à replacer les objets d’étude historiques dans une perspective planétaire, soit en étudiant des phénomènes d’échelle mondiale, comme le réchauffement climatique ou la mondialisation des échanges, soit en montrant les liens entre les dynamiques historiques d’échelle mondiale ou régionale et les phénomènes historiques locaux.

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