mercredi, juillet 1 2020

Covid-19, confinement et prison

1 07 2020

Depuis le début de la crise sanitaire provoquée par le Covid 19, la restriction des libertés publiques, notamment celle d’aller et de venir, sous la forme du confinement de la population ou de la quarantaine, apparaît partout dans le monde comme une réponse essentielle. Elle limite la circulation du virus dans la population générale et favorise la gestion hospitalière de la pandémie. Or cette restriction bouleverse complètement l’environnement professionnel, familial et social des individus et engendre des conséquences économiques incommensurables.
Si le confinement se confond dans la population générale avec l’expérience carcérale, l’application du traçage gouvernemental du projet StopCovid pourrait renforcer cette assimilation avec l’univers pénitentiaire au travers, notamment, de la mesure emblématique du placement sous surveillance électronique mobile (PSEM). Il y aurait là une forme de branchement de la société sur des logiques pénitentiaires qui brouille les repères et nécessite une réévaluation des relations entre la prison et la société.

mercredi, juin 24 2020

Covid-19 : au cœur du drame français, l’exclusion des médecins généralistes

24 06 2020

Le covid-19 a tué à ce jour entre 30 000 et 40 000 Français (suivant que l’on compte ou non le nombre probable de morts à domicile). Avec le manque de matériel de protection et de tests, les principales causes de l’hécatombe française résident dans la démobilisation des généralistes et dans le refus de les laisser libres d’exercer leur métier de médecin.
Cette débâcle interroge une organisation sanitaire très centralisée, le mépris des autorités publiques pour les médecins généralistes, le manque de confiance de l’État dans la société civile mais aussi le modèle économique de l’industrie pharmaceutique. Enfin et surtout, cette politique, outre qu’elle n’a pas évité une surmortalité importante, a engendré une régression démocratique – privilégiant pendant plusieurs semaines une société de surveillance et de punition – puis la crise économique la plus grave depuis les années 1930 et la Seconde guerre mondiale.

lundi, juin 22 2020

Christian Perronne, un médecin en colère

22 06 2020

Livre_Christian_Perronne.jpgCe livre ne relève pas de la science. C'est le témoignage d'un praticien qui est très en colère, qui pointe des responsabilités et demande des comptes. L'émotion est présente derrière les mots, comme en témoignent aussi les interventions télévisées de l'auteur ces derniers jours (par exemple ici, où l'on apprend qu'il a perdu un proche dans cette épidémie). De là des excès de langage et quelques raccourcis d'analyse évidents. Mais il serait trop facile de ne s'attacher qu'à la forme et de crier au « populisme médical », pour mieux faire semblant de ne pas voir les enjeux de fond que pose un médecin qui n'est pas le premier venu et dont la colère est très largement partagée, tant dans le corps médical que dans la société française toute entière.

dimanche, juin 21 2020

Rapport 2019 de la CNCDH sur la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie

21 06 2020

En sa qualité de Rapporteur national indépendant sur la lutte contre le racisme, la CNCDH évalue la politique publique menée, et contribue au contrôle du respect par la France de ses engagements internationaux en matière d’élimination de la discrimination raciale.
La CNCDH fonde ses analyses et ses recommandations sur la base d’outils variés et complémentaires. Le bilan statistique du ministère de l’Intérieur, celui du ministère de la Justice, les enquêtes sur l’état de l’opinion, les analyses des chercheurs partenaires de la CNCDH, et en particulier leur indice longitudinal de tolérance, constituent autant d’éléments à confronter aux nombreuses contributions des acteurs institutionnels, associatifs et internationaux, pour appréhender le plus finement possible les contours du racisme en France.
En 2019, la CNCDH a décidé de porter une attention particulière à deux thématiques : le racisme anti-Noirs et la lutte contre la haine en ligne.

samedi, juin 20 2020

Glyphosate : soupçons de conflits d’intérêts au sein de l’Anses

20 06 2020

Dans une enquête publiée mardi 16 juin, Le Monde révèle les conditions, sujettes à caution, d’attribution d’un appel d’offre pour une étude sur le glyphosate par l’Anses (Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). L’agence est chargée de délivrer les autorisations de mise sur le marché des pesticides et aussi de surveiller leur impact sanitaire ou environnemental. Or, un collectif de scientifiques alerte le journal en mettant en cause la procédure de sélection de laboratoires chargées de réaliser des études sur le glyphosate. Ils s’interrogent ainsi sur l’indépendance et la déontologie dont a fait preuve l’Anses.
L’Anses avait lancé un appel d’offre pour mener une étude sur le potentiel cancérogène du glyphosate. Un consortium de sept laboratoires a donc été retenus par l’agence, fin avril. Sa composition est cependant dénoncée par la députée Delphine Batho, qui a interpellé le gouvernement sur le sujet, ainsi que par un collectif de lanceurs d’alerte dans un rapport remis au Monde.

vendredi, juin 19 2020

La jeunesse, génération sacrifiée de la crise du Covid-19

19 06 2020

Le paradoxe est que les jeunes, largement épargné·es par la crise sanitaire, risquent d'être les premières victimes de la crise économique et sociale qui va suivre. En réalité, cette génération est touchée sur plusieurs fronts.
Le premier, et peut-être un des plus importants parce qu'il risque de laisser des traces durables, est le front scolaire. Chaque vague d'enquête PISA montre que la France était déjà, avant la crise sanitaire, un des pays de l'OCDE dans lequel les écarts de performances entre les bon·nes élèves et les élèves aux résultats médiocres étaient les plus élevés, et avaient plutôt tendance à s'aggraver. Il est évident que le confinement va encore accroître ces inégalités de réussite.
L'emploi est évidemment un autre front sur lequel les jeunes vont payer un lourd tribut. En effet, les entreprises en difficulté vont prioritairement ne pas renouveler les CDD et les contrats d'intérim, massivement occupés par des jeunes.

jeudi, juin 18 2020

Comment policer la police ?

18 06 2020

Depuis plusieurs mois, les critiques pleuvent sur les policiers en général et sur l’IGPN en particulier. Les manifestations contre la réforme des retraites, le mouvement des « gilets jaunes », les manifestations de lycéens, puis le contrôle du respect des mesures d’urgence pendant le confinement, ont mis en exergue les comportements violents ou abusifs de certains policiers.
Sous pression, le Président de la République a même sommé le ministre de l’Intérieur de faire aboutir rapidement une étude engagée en janvier dernier qui consistait à faire des propositions pour améliorer la déontologie des forces de l’ordre après le décès d’un homme au cours d’une intervention de police. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Comment et par qui la police française est-elle contrôlée ? Comment les polices étrangères sont-elles contrôlées ?

mercredi, juin 17 2020

La dégradation des relations entre les habitants des quartiers pauvres et la police se lit aussi dans les chiffres

17 06 2020

La façon de faire la police n’est pas la même dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville et dans le reste du territoire. Nous allons produire ici quelques données qui nourrissent la réflexion sur le constat. En analysant les statistiques de police et de gendarmerie dans plusieurs dizaines de communes d’Île-de-France, nous avons, en effet, constaté d’abord que ces chiffres (qui résultent de l’enregistrement des procès-verbaux pour crimes et délits) diffèrent totalement selon les territoires, ensuite que ces différences procèdent non pas simplement de dissemblances en matière de comportements parmi les populations des quartiers populaires, mais repose aussi sur les façons de faire de la police.
Lire cet article dans Metropolitiques

mardi, juin 16 2020

Le projet de loi organisant la fin de l’état d’urgence sanitaire... prolonge l'état d'urgence

16 06 2020

Pour la deuxième fois en moins de trois ans (et pour la cinquième fois sous la cinquième République), la France a été placée sous un régime d’état d’urgence qui, au 10 juillet 2020, aura duré presque quatre mois. Même qualifié de sanitaire, ce régime d’exception a altéré fondamentalement l’État de droit. En effet, décidé pour pallier les carences des pouvoirs publics en matière de politique de santé publique, l’état d’urgence sanitaire a conduit à l’édiction de considérables mesures coercitives privatives ou restrictives de libertés ou de droits, mises en œuvre par l’autorité administrative, et dont la violation est pénalement sanctionnée. L’exécution de ces dispositions a connu son lot de dérives, abus, violences policières et discriminations, notamment en matière d’opérations de contrôles des attestations de sortie et de verbalisations, accentuant les inégalités sociales et territoriales. Et le contrôle juridictionnel, tant administratif que judiciaire, s’est révélé le plus souvent ineffectif. Or, loin d’organiser la fin de cet état d’exception, le projet de loi qui vous est soumis reproduit, dans une loi de circonstance, des mesures liberticides de l’état d’urgence sanitaire.

lundi, juin 15 2020

Le Rapport d'activité 2019 du Défenseur des droits est en ligne

15 06 2020

Les 10 combats de l’année 2019 pour le Défenseur des droits ont été : 1) Un difficile accès aux services publics ; 2) La discrimination systémique reconnue ; 3) Lutter contre les violences faites aux enfants ; 4) Défendre les droits des ultra-marins ; 5) Parcoursup et l’accès à la formation ; 6) L’accès aux soins des plus vulnérables ; 7) Une sécurité respectueuse des libertés ; 8) Une ambition pour les lanceurs d’alerte ; 9) Le droit de l’enfant à l’éducation ; 10) Sensibiliser aux discriminations pour mieux les combattre.

dimanche, juin 14 2020

La police et les stéréotypes de genre : le cas des manifestantes au Québec

14 06 2020

Le degré de coercition déployé par la police dans le cadre de manifestations varie en partie selon certaines caractéristiques propres aux individus mobilisés : race, classe, idéologie politique, notamment. Les groupes subordonnés qui mettent en cause l’ordre social établi semblent de fait particulièrement visés par des interventions musclées des forces de l’ordre. S’inscrivant dans la continuité de ces études, cet article s’intéresse à la manière dont les manifestantes perçoivent l’influence du genre sur les pratiques policières en matière de gestion de foules ; est-il un facteur auquel les styles de gestion de foules sont sensibles ? Les femmes, en tant que groupe subordonné, sont-elles plus violemment ciblées par la police ?

jeudi, juin 11 2020

La transparence du lobbying plus nécessaire que jamais face aux conséquences de la pandémie

11 06 2020

Il apparaît évident à tous que la crise sanitaire que nous traversons va imposer partout dans le monde des mesures interventionnistes inédites par leur ampleur et des transferts financiers massifs en faveur des entreprises privées comme publiques, ainsi qu’un soutien aux particuliers, comme l’annoncent les plans de relance colossaux qui se succèdent aux Etats-Unis, dans l’Union européenne, en France et ailleurs.
En France, 110 milliards d’euros de soutien financier ont été prévus, dont 20 milliards pour les entreprises « stratégiques » telle Air France, et 315 milliards de garanties apportées par l’Etat aux banques pour leurs prêts.
Les membres du gouvernement et de l’administration travaillent dès à présent à définir les règles d’attribution de l’aide publique, à choisir quels acteurs en seront les bénéficiaires et à quelles conditions. Et déjà, la presse rapporte un lobbying important de la part d’entreprises qui cherchent à peser sur les modalités et les montants des aides envisagées, ou qui, prenant prétexte de la crise, tentent discrètement de convaincre les cabinets ministériels de revenir sur des mesures environnementales précédemment votées.

mercredi, juin 10 2020

Le Rapport d'activité 2019 de la CNIL est disponible

10 06 2020

Dans son quarantième rapport d’activité, la CNIL revient sur les temps forts de 2019 et les grands enjeux à venir. En cette deuxième année du RGPD, la CNIL constate des chiffres inédits qui témoignent d’une très forte mobilisation des citoyens et des entreprises autour de la protection des données. L’année 2019 a également été marquée par une sanction record en Europe, traduisant l’activation des nouveaux plafonds de sanctions prévus par le RGPD. Cette sanction-record masque toutefois le nombre finalement très peu élevé des contrôles effectués (300) et des sanctions décidées (8) dans la régulation du numérique, tandis que les menaces sur la sécurité des données personnelles et sur la vie privée sont omniprésentes dans notre vie quotidienne.

mardi, juin 9 2020

Encadrer la pub et l’influence des multinationales : un impératif écologique et démocratique

9 06 2020

Si la bataille pour le « monde d’après » se joue dès maintenant, en grande partie à coups d’idées, de représentations, de désirs et d’imaginaire, le rapport Big Corpo. Encadré la publicité et la communication des multinationales : un impératif écologique et démocratique arrive à point nommé. Issue d’un travail collectif de deux ans ayant associé 22 organisations de la société civile et des chercheurs dans le cadre du programme SPIM (« Système publicitaire et influence des multinationales ») 2, élaborée en partenariat avec l’Observatoire des multinationales, cette publication est une plongée dans l’univers impitoyable de la communication des grandes entreprises : ses méthodes, ses stratégies, ses acteurs, les sommes colossales qui y sont investies, la manière dont elle pénètre tous les recoins de nos sociétés et influencent les discours publics, mais aussi les moyens de s’en protéger.

lundi, juin 8 2020

Des milliers de policiers s’échangent des messages racistes sur un groupe Facebook

8 06 2020

Sur le réseau social, un groupe Facebook privé, baptisé « TN Rabiot Police Officiel » réunit plus de 8.000 personnes. Des policiers principalement (ou se présentant comme tels), et quelques gendarmes et membres de familles de fonctionnaires. Pour intégrer le groupe, il faut indiquer aux administrateurs sa promotion à l’école de police ou de gendarmerie, son matricule et rédiger quelques phrases en jargon de « la boîte ». Un filtre qui semble efficace : StreetPress a vérifié plusieurs dizaines de profils pris au hasard. Tous ceux dont nous avons pu confirmer l’identité sont bien membres des forces de l’ordre. À l’abri des regards indiscrets, les fonctionnaires se lâchent : dans des posts ou en commentaires, on peut lire des centaines de message racistes, sexistes ou homophobes et des appels au meurtre.

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