Le 18 mars, plusieurs médias annoncent que le département de la Seine-Saint-Denis comptabilise 10 % des procès-verbaux pour non-respect du confinement, au premier jour de sa mise en œuvre. Telle une grille de lecture familière et rassurante en cette période troublée, on voit alors surgir des discours dénonçant « l’incivilité » des habitants des quartiers populaires et l’existence de « zones de non droit », réactivant la chimère selon laquelle ces territoires se seraient transformés en ghetto, émancipés du respect des règles communes et représenteraient un danger pour la République. Ce cadrage médiatique, alimenté par l’extrême droite et par divers commentateurs, s’appuie non seulement sur une vision erronée de la réalité des quartiers populaires, mais repose surtout sur un postulat (selon lequel les infractions au confinement seraient plus fréquentes dans les cités) qui n’est pas démontré.